Au préalable : notre point de vue

Ces séquences sont le fruit d’une collaboration entre enseignants, formateurs et chercheurs en éducation. Ils  avaient à coeur de développer une démarche intéressante et pertinente sur un thème jugé souvent “tabou” bien que faisant partie du programme. Dans ce contexte, l’école à un rôle d’éducation et le devoir d’aborder cette thématique, au minimum, tel que cela est prescrit par les autorités officielles. Il n’y a aucune raison (philosophique, politique, éthique …) de ne pas l’aborder. Ce texte est issu des discussions que nous avons eues avec les enseignants qui ont collaboré avec nous sur ce projet. 

Toutefois, cette thématique, nous en avons conscience, va au-delà des aspects scientifiques. C’est un véritable enjeu de société qui peut entraîner certaines divergences et craintes liées à des convictions. Nous ne nions pas cet aspect, mais nous considérons que l’école est un lieu de savoir et d’éducation et donc que ce thème doit être abordé par souci intellectuel, que cela soit en sciences naturelles ou en sciences humaines.   

Ce thème est jugé sensible car il évoque des sujets encore “tabous” tels que l’avortement, les situations multiples de parentalité, l’identité sexuelle, la diversité de gestation, la contraception, le respect de soi et du corps (“Oser dire non!”), etc. Ces  thématiques relèvent d’une part du domaine scientifique et d’autre part du domaine des sciences humaines. Nous invitons les enseignants à s’adjoindre l’aide d’éducateurs de l’EVRAS pour apporter au delà de l’information scientifique une  approche sensible des aspects relationnels, affectifs et éthiques.

Pour éviter d’éventuels étonnements, interpellations voire oppositions parentales, les enseignants sont encouragés à prévenir par un courrier les parents des élèves de l’école fondamentale quelques semaines avant le moment où ces contenus seront abordés. Par ce courrier, les aspects qui seront étudiés pourraient être précisés. Certains parents pourraient, en effet, manifester le souhait d’accompagner cette approche  ou  d’aborder eux-mêmes  ce sujet avant que l’école ne s’en occupe.

En ce qui concerne notre travail, nous avons choisi d’aborder ce thème dès la maternelle. Nous pensons que le thème de la reproduction, au sens large, doit être abordé dès le plus jeune âge. C’est le cas, par exemple, en étudiant différents cycles de reproduction animale et végétale,  mais  il sera aussi nécessaire d’aborder la reproduction humaine.

En effet, les enfants qui ne reçoivent pas d’informations sur la grossesse, la naissance, sur leur origine, etc. développent leurs propres explications, bien éloignées de la réalité. Ils ressentent les tabous et les évitements dans les réactions peu appropriées de certains éducateurs face aux incidents critiques liés à la sexualité à l’école (CARON, Sandra L., et Carie Jo AHLGRIM, 2012).

Ce sujet les touche car ces enfants ne sont pas loin de leur naissance,  ils ont beaucoup de choses à dire à ce propos. Il n’est pas rare que les élèves de maternelle soient directement en situation de vivre la venue d’un petit frère ou sœur et l’occasion d’en discuter arrive dès lors très naturellement.   De ces situations qu’ils vivent, émergent des questions trop souvent dissimulées par des réponses scientifiquement fausses propagées par le langage ordinaire ou encore certains propos dans la littérature de jeunesse.

(Exemple 1: L’explication “c’est le papa qui dépose une petite graine dans maman” transmet  l’idée que seul le père apporterait la première cellule, la mère étant uniquement un réceptacle nourricier – Exemple 2 : Le propos « pour avoir un enfant , il faut s’aimer très fort » qu’il faudra nuancer car les enfants peuvent croire que  lors d’un rapport sexuel  sans amour, la femme ne  sera pas enceinte).

Enfin, nous attirons l’attention sur  les écueils de certaines images utilisées qui par souci de simplification, ou  par souhait d’édulcorer le message, transmettent des représentations soit  erronées sur un plan scientifique, soit  discriminantes (“les filles, elles, ont une zézette[…] on dirait un petit triangle séparé en deux, avec un petit trou au milieu”).

Nous optons pour l’utilisation des termes scientifiques corrects dès le début de l’apprentissage (par exemple : ovule, spermatozoïde, vagin, pénis…). 

Il serait également intéressant de montrer que tous les hommes ne naissent pas dans les mêmes conditions et que ces conditions changent en fonction de la période (les naissances se faisaient le plus souvent à la maison il y a trois générations), le milieu social, l’influence culturelle, la situation géographique, etc.  Aujourd’hui, dans nos contrées,  la plupart des femmes enceintes optent pour un accouchement à l’hôpital, car quand il y a un souci pour le bébé, c’est plus sécurisant. Si l’accouchement médicalisé devient la norme, il ne faut toutefois pas oublier que  la plupart des naissances se déroulent très bien sans grande assistance. Ces derniers temps, une tendance d’un retour aux accouchements à la maison voit le jour. Nous trouvons qu’il est important  de recentrer sur le côté naturel d’une naissance (la grossesse n’est pas une maladie ni un phénomène à cacher, et l’accouchement peut, si c’est le choix parental et selon la situation, se passer en dehors d’un hôpital).

Il n’est pas possible de traiter dans ces séquences tous les thèmes qui concernent la reproduction. Nous ne développerons pas les aspects sociaux liés  au domaine des sciences humaines. Cependant nous évoquerons certains thèmes qui nous semblent importants d’aborder d’un point de vue scolaire si les élèves les évoquent (voir la partie “Pour aller plus loin”). 

Référence complète : CARON, Sandra L., et Carie Jo AHLGRIM (2012). “Children’s Understanding and Knowledge of Conception and Birth: Comparing Children from England, the Netherlands, Sweden, and the United States”, American Journal of Sexuality Education, vol. 7, p. 16-36  )