Focus n°3 : Le développement durable et l’utilisation des pesticides dans la production alimentaire

Remarque : ce focus n’a pas pour objectif de travailler les conséquences de l’ingestion des pesticides notamment à travers les aliments. Les facteurs sont bien trop nombreux (type de pesticides, âge des consommateurs, antécédents médicaux, etc.) et trop complexes pour être travaillés en classe (Batsch, 2011). L’objectif est de questionner l’utilisation des pesticides du point de vue des 3 pôles du développement durable.

Le référentiel de la FMTTN[1] invite les enseignant à travailler le caractère durable de l’alimentation (et par extension la production alimentaire) notamment à travers les techniques de culture pratiquées. Par exemple, en 6e primaire, il est demandé aux élèves de « citer les dimensions sociale, économique, écologique à prendre en compte, pour évaluer le caractère durable d’un aliment. » (Référentiel FMTTN, 2022). Cet enjeu du développement durable se retrouve également dans le référentiel de géographie sous l’angle des impacts environnementaux : l’évolution des territoires, du climat et de l’environnement, des modes de consommation et de production (Référentiel de géographie, 2022). Enfin, la « visée 3 » du référentiel de Sciences invite les élèves à travailler autour du savoir scientifique : « le savoir scientifique évolue et constitue la meilleure représentation possible d’un phénomène à un moment donné, dans un champ de validité déterminé. » (Référentiel de Sciences, 2002).

Aborder le caractère durable (figure 1) d’un aliment passe par l’analyse de la gestion des cultures/de l’élevage. Le terme de « développement durable » est développé pour la première fois dans le rapport rédigé par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la nature) en 1980. Fondé en 1948, l’UICN rassemble plus de 1 400 membres (gouvernements et ONG) et plus de 18 000 spécialistes civils (spécialistes des espèces menacées, des régions protégées, de l’écologie, de la planification de l’environnement, de la politique, du droit et de l’administration de l’environnement, et de l’éducation environnementale…) issus de plus 160 pays. Ce rapport vise à donner une orientation plus précise quant à la gestion des ressources vivantes et indique les lignes directrices pour y parvenir (maintien des systèmes entretenant la vie, veiller au maintien de la biodiversité[2], amélioration des conditions de vie de certaines populations[3], etc.). Pour travailler l’alimentation sous l’axe du développement durable, il est nécessaire de se focaliser sur une question qui permettra de travailler les 3 pôles : pôle social, pôle économique et pôle environnemental. La question des pesticides permet d’aborder ces 3 pôles et permet de faire le lien entre la production alimentation et l’alimentation.

Le rôle des pesticides

Aborder le caractère durable (figure 1) d’un aliment, c’est s’intéresser à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques et notamment les pesticides. Ces derniers sont utilisés pour protéger les cultures agricoles contre différentes menaces biologiques. Les arguments qui appuient l’utilisation des pesticides sont principalement économiques (créer un profit) et sociaux (nourrir la population). Il s’agit de limiter les risques de perte au niveau des récoltes et donc d’améliorer le rendement. Mais, il y a également des arguments qui vont à l’encontre de leurs utilisations et qui préconisent des alternatives. Les arguments principaux sont environnementaux (la sauvegarde de la biodiversité) et sociaux (préserver la santé des êtres humains). L’utilisation des pesticides constitue donc un enjeu. À ce stade, il est nécessaire de rappeler le rôle de l’école vis-à-vis de ces questions socialement vives[4] : comprendre l’enjeu et les facteurs qui y sont liés ; analyser le système pour permettre à l’élève de construire son esprit critique et de devenir un citoyen éclairé sur le sujet. Il ne s’agit donc pas de dicter « des bons et des mauvais comportements ».  

Il n’est pas possible d’exposer toutes les portes d’entrée qu’il existe autour de cette thématique.  Une approche consiste à travailler autour des expositions primaires et des expositions secondaires liées aux pesticides (Batsch, 2011).

Les expositions primaires

Les expositions primaires concernent les personnes qui manipulent directement les produits lors d’une ou plusieurs étapes liées à l’épandage (préparation de l’épandage, application ou épandage, nettoyage des appareils ou du matériel utilisés lors de l’épandage). Cela concerne les professionnels (agriculteurs) et les particuliers (pour un usage domestique). Ces expositions sont plus ponctuelles, mais ce sont des produits peu dilués qui sont généralement manipulée. À travers le référentiel de la FMTTN et le référentiel de Sciences humaines, il est possible d’aborder le matériel de protection à utiliser lorsque des pesticides sont manipulés, d’aller à la rencontre de personnes qui manipulent les pesticides (et donc aborder leurs conditions de travail), de comprendre leurs combats (Jouzel & Prete, 2015) et de travailler autour des repères permettant d’identifier un danger (exemple : les pictogrammes de sécurité).

Pistes pour construire des activités autour des mesures de sécurité prises/à prendre par les utilisateurs de pesticides. Ces pistes sont à intégrer dans une séquence qui traite du développement durable :

  • Analyse de la réglementation belge (ainsi que l’organisation belge en matière d’environnement et d’agriculture. Ce n’est pas l’état fédéral qui dirige ces deux « portefeuilles » mais bien la Région Wallonne) ;
  • Analyse des produits utilisés par les élèves (dans l’école) et des mesures de sécurité prises (équipement) (c’est l’occasion d’aborder les différents pictogrammes de sécurité) ;
  • Rencontres avec des personnes en charge de l’épandage des pesticides – membres d’association luttant contre des pesticides (ou autres acteurs liés à la thématique) et analyse documentaires (Pourquoi sont-ils nécessaires ? ; Pourquoi nous font-ils peur ? ; Quels sont les combats menés contre les pesticides ? Quelles sont les alternatives ? ; Est-ce que l’ASFCA joue un rôle de contrôle vis-à-vis des pesticides ?) ;
  • Il est également possible de travailler autour des productions alimentaires dans d’autres pays (conditions de travail, équipements de sécurité pour les employés, effets sur les habitants proches des exploitations, combats menés, etc.).

Les expositions secondaires

Les expositions secondaires regroupent les expositions aux résidus qui découlent de l’épandage de pesticides : à travers l’alimentation et l’environnement. Cela concerne donc l’ensemble de la population. Concernant l’impact de ces pesticides sur la santé et l’environnement voici ce qu’on peut en dire :

« les effets observés pourraient résulter de l’accumulation de molécules qui s’éliminent lentement, atteignant un seuil de concentration critique au bout d’un certain temps, ou bien, dans le cas de molécules rapidement éliminées, découler de l’addition d’effets sous-cliniques[5] et irréversibles. Les données de surveillance des milieux dont on dispose aujourd’hui concernent principalement l’eau et les denrées alimentaires. Les mesures de contamination des fruits et légumes par exemple sont conduites sur les produits entiers avec leur peau, même si celle-ci ne se consomme pas ; dans ces conditions, les teneurs mesurées sont donc supérieures à celles réellement absorbées puisque l’on ne tient pas compte de leur préparation. Quelques populations ont été identifiées comme particulièrement à risque. Il s’agit de la femme enceinte exposée aux pesticides, et dans la mesure où ils traversent la barrière placentaire, l’enfant qu’elle porte est lui aussi exposé avant même sa naissance. Le bébé peut également être en contact avec des pesticides persistants et accumulables par le lait maternel. D’où la nécessité de protéger la femme enceinte et la mère allaitant contre une exposition à ces contaminants (ORP). » (Batsch, 2011, pp 48-49).

Comme cela a été précisé supra, il ne s’agit pas d’analyser les effets des pesticides sur la santé humaine. Par contre, il est possible de travailler l’espace géographique concerné par l’épandage de pesticides.

Pistes pour une activité autour des limites qui déterminent les zones où l’utilisation des pesticides est autorisée. Cette activité ne suffit pas à elle-même. Elle est à intégrer dans une séquence qui traite du développement durable.


Bibliographie

Batsch, D. (2011). L’impact des pesticides sur la santé humaine. Sciences pharmaceutiques. URL : https://hal.univ-lorraine.fr/hal-01739150

Référentiel de Référentiel de Formation manuelle, technique, technologique et numérique (FMTTN) (2022) . http://www.enseignement.be/index.php?page=28597&navi=4920

Référentiel de sciences (2022). http://www.enseignement.be/index.php?page=28597&navi=4920

Référentiel de sciences humaines (2022). http://www.enseignement.be/index.php?page=28597&navi=4920

Jouzel, J. et Prete, G. (2015). Mettre en mouvement les agriculteurs victimes des pesticides : Émergence et évolution d’une coalition improbable. Politix, 111, 175-196. https://doi.org/10.3917/pox.111.0175

Autres ressources (ressource notamment utilisée dans les pistes d’activités proposées)

Arrêté royal relatif au premier programme de réduction des pesticides à usage agricole et des biocides (M.B. 11.03.2005). (2005). http://environnement.wallonie.be/legis/general/normes011.htm

Comité régional PHYTO. (2019). Guide des bonnes pratiques au jardin. crp_guide-bonnes-pratiques-jardin_juillet_2019.pdf (corder.be)

Portail de l’agriculture wallonne (2019).https://agriculture.wallonie.be/legislation5

Vaudano, M. (2018). À quoi servent les pesticides, qui se retrouvent dans notre alimentation ?. Le Monde : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/02/27/au-fait-a-quoi-servent-les-pesticides_5263042_4355770.html

Tourneux, H. (2010). Évaluation de la communication en matière de risques liés à l’utilisation des pesticides au Nord-Cameroun. Sociétés-environnements-santé, 171-185. https://books.openedition.org/irdeditions/3607


[1]  Référentiel de la Formation manuelle, technique, technologique et numérique (FMTTN).

[2]  Le référentiel de sciences aborde la biodiversité.

[3]  Cette thématique est présente dans le référentiel des sciences humaines mais également dans le référentiel FMTTN.

[4] Sur base des objectifs visés par le Pacte d’Excellence ; par ex : acquérir des savoirs et des outils de compréhension plurielle du monde, en vue de penser et d’agir.

[5] Maladie, sous-clinique : une maladie qui reste « sous la surface » de la détection clinique.